Les Mobil-Homes O'Hara au coeur de l'environnement

"INTÉGRER C’EST REPENSER LA CONSTRUCTION DE L’HABITAT SUIVANT UN PROCESSUS NATUREL."

Interview de Bram Schuurbiers, Architecte paysage

La montée en gamme de l’hôtellerie de plein air invite, aujourd’hui, à repenser l’intégration paysagère des mobil-homes. Doit-elle être présente dès leur conception ?

La montée en gamme globale de l’hôtellerie de plein air touche aussi le mobil-home en lui-même sur lequel je travaille avec la Division Habitat du Groupe BENETEAU. Contrairement à d’autres, ils ont bien compris ce que signifie pour moi le mot "intégration". Souvent l’intégration est interprétée comme le fait de cacher, de faire disparaître, ce avec quoi je ne suis absolument pas d’accord. Un objet peut être mis en avant tant qu’il correspond à l’architecture ou au style architectural environnant. Il s’agit également de s’adapter à ce qui est présent : végétal, dénivelé, tout ce qui existe déjà, comme à l’origine de la construction d’un village.
C’est donc une rencontre entre un terrain et une architecture ?
Le terrain crée l’agglomérat puis l’agglomération. C’est très amusant à réaliser, comme un voyage dans le temps. Pour tracer un accès, j’imagine le passage de l’âne qui a fini par dessiner un chemin sur le sol. Pour moi intégrer c’est repenser la construction de l’habitat suivant un processus naturel.

Mais alors comment faites-vous pour intégrer des mobil-homes flambant neufs en préservant l’authenticité des lieux ?

Je veux que tout soit flambant neuf et donne en même temps l’impression que cela a toujours été là, ou en tout cas que c’est tout à fait cohérent que cela soit là. Cela signifie aussi que je n’ai pas de règle avec laquelle je dessinerais des petits carrés de même taille disposés à la même distance. Ce qui est intéressant parce que cela crée de la diversité pour les campings, chaque pot peut avoir son couvercle. Il ne s’agit pas non plus de copier le style des villages alentour mais parfois juste de faire correspondre la couleur de bardage d’un mobil-home avec ce qui s’y trouve. L’architecture peut aussi être ultra-moderne mais doit respecter cette idée qu’il y a une logique naturelle de création du lieu de vie.

On est très loin des petites parcelles pensées pour la rentabilité, comme longtemps la plupart des campings l’ont pratiqué. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Le camping il y a encore quelques années, c’était la haie taillée, la petite parcelle et tout ce qui va avec. Je trouvais cela socialement totalement aberrant de quitter un petit appartement parisien pour venir s’enfermer dans une autre case. Pendant longtemps j’ai dû batailler pour changer les choses, jusqu’à ce que je trouve un propriétaire qui me laisse carte blanche sur une partie de son camping.

C’était un pari osé à l’époque. Était-il aussi convaincu que vous dès le départ ?

Il a fallu le convaincre, mener de nombreuses discussions, ce qui est normal. J’introduis une nouvelle manière de penser l’espace qui peut faire peur au départ. J’ai tout mutualisé. Le propriétaire a suivi scrupuleusement cette idée de complètement ouvrir l’espace. J’ai rendu inexistantes les limites du terrain, relégué les voitures à l’extérieur, placé les piétons au centre. Je ne travaille qu’avec du végétal local intégré, non pas en suivant des lignes droites mais en entrecoupant les lignes de vue pour permettre à la fois de libérer la circulation et de protéger l’intimité.

Cette nouvelle organisation de l’espace a-t-elle changé les choses pour ce camping ?

Cela a constitué un changement notable pour ce camping. Après le réaménagement de ce quartier, soit une cinquantaine de mobil-homes, le propriétaire s’est aperçu qu’il louait plus cher, plus facilement, avec un retour client extrêmement positif. Cette réalisation a inspiré un certain nombre d’autres campings. C’est une tendance qui se renforce notamment dans les grands campings de standing. Il s’agit d’un retour à un fondamental des vacances : être dans la nature et se sentir libre.